[Interview] « Vous avez le pouvoir de diriger votre existence » – Alissa White-Gluz – Arch Enemy

Publié le 29 août 2017 à 17:55
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

Arch Enemy, groupe de death metal mélodique connu et reconnu, comprend dans son identité les rugissements d’Angela Gossow, puis d’Alissa White-Gluz (depuis 2014). À l’approche de la sortie de leur 10e album, le 9 septembre, OÜI FM s’est entretenu avec la chanteuse du groupe, qui a parlé du processus créatif du disque, de sa place dans le groupe, de son rapport avec les fans, ainsi que de ses autres projets. Du haut de ses 32 ans, la chanteuse n’a pas la langue dans sa poche et entend bien réveiller ceux qui l’écoute.

Bonjour Alissa et merci de nous accorder cette interview. Vous vous préparez à sortir l’album Will to Power après avoir énormément tourné pendant trois ans, comment cela s’est-il passé ?

La France a été très réceptive, nous y avons fait entre 25 et 30 concerts pour promouvoir War Eternal (2014). Nous voulions être sûrs que tout le monde ait la possibilité de voir Arch Enemy s’il le souhaitait. Nous avons été très occupés, mais c’est justement ce qu’on aime.

Avec un tel emploi du temps, comment avez-vous trouvé le temps d’écrire ces nouveaux morceaux ?

De manière générale, j’écris mes textes dès que l’inspiration arrive. Michael Amott et Jeff Loomis [guitaristes] jouent continuellement de la guitare en coulisse, de même pour Daniel Erlandsson [batteur], et à chaque fois qu’on a du temps à nous. Nos jours « de repos » sont utilisés pour faire de la musique, que ce soit pour Arch Enemy ou nos autres projets. Nous adorons ce qu’on fait et on veut continuer à le faire. Pour nous, faire de la musique est notre vie, donc nous la passons à en faire.

Pour War Eternal, tu as écrit cinq textes. Quel a été ton apport pour Will to Power ?

C’est plus ou moins la même chose, j’en ai écrit cinq et Michael aussi, et nous en avons fait certains ensemble. Michael est très impliqué, toujours avec moi quand j’enregistre, et ça me plaît, c’est quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Mais je demande toujours l’avis des personnes présentes dans le studio, c’est toujours intéressant. Je suis toujours ouverte à essayer différentes choses, tant que le résultat est bien. J’ai d’ailleurs construit un studio chez moi, j’ai appris à pratiquer la technique, suffisamment pour traiter des démos. On a pu utiliser cela comme un outil, notamment pour travailler à distance. Pour l’enregistrement final de l’album, nous étions tous en Suède, mais en dehors de cela, nous restons tous les jours en contact, quel que soit le projet sur lequel nous travaillons.

Parlant d’essayer de nouvelles choses, tu avais déjà inclut un peu de chant clair sur le morceau Avalanche dans War Eternal. Cette fois, tu le mets encore plus en avant sur Reason to Believe.

Cela fait plus de 20 ans qu’Arch Enemy existe, et c’est leur propre ballade à proprement parler. Quand tu regardes les groupes de metal phares dans le monde, comme Scorpions, Megadeth ou Metallica, tu vois qu’ils ont sorti des morceaux très heavy, qui sont en fait des ballades. Reason to Believe est l’exemple-même de ce que doit être une ballade d’Arch Enemy. Les paroles sont de Michael et le chant clair part de son initiative. Mais quand il m’en a parlé, je me suis entraînée de mon côté pour trouver la meilleure approche. Quand il me présente un texte, je lui pose beaucoup de questions sur la manière dont il s’est senti en l’écrivant et ce qu’il cherche à véhiculer, de manière à trouver la meilleure approche vocale possible. Dans ce cas, le chant clair était la meilleure manière de procéder. Et elle a l’air de plaire ! Je pense que c’est celle que j’ai le plus écoutée [rires]

arch enemy

Peux-tu nous parler des thèmes des paroles de Will to Power ?

Il y a des morceaux introspectifs, et d’autres plus tournés vers le monde. De plus en plus de gens sont informés sur ce qui se passe dans le monde et se dressent contre des idées ou des événements qui les choquent. Il y a du changement dans l’air, partout dans le monde. C’est ce que nous avons voulu exprimer à travers nos paroles, et aussi véhiculer un message : vous avez le pouvoir de diriger votre existence. Ne le prenez pas pour acquis, ça peut être utilisé pour le bien ou le mal. L’ignorer, c’est mourir. C’est ce que j’exprime, par exemple, dans le morceau The Race, où je parle un peu de politique. On parle aussi du fait de rester fort et de garder la tête haute, même quand les choses semblent aller contre toi, comme dans The World is Yours ou The Eagle Flies Alone. On parle aussi de faire face à son pire ennemi, qui peut être soi-même, comme dans Reason to Believe, A Fight I Must Win ou My Shadow and I.

Will to Power est le premier album d’Arch Enemy avec Jeff Loomis, qui a été très créatif par le passé, avec des groupes comme Nevermore. Quel a été son apport ici ?

Cela fait presque trois ans que Jeff tourne avec Arch Enemy, donc nous avons eu le temps de le connaître, aussi bien en tant que musicien qu’en temps que personne. On le reconnaît clairement quand il fait ses solos. Michael est le compositeur principal, même si Daniel a bien contribué, notamment sur la production, donc la plupart des idées viennent de lui, mais Jeff y a mis sa griffe. D’une certaine manière, il l’a aussi fait dans War Eternal, avec le morceau Stolen Life, sur lequel il a pu inclure ses solos. De toute façon, les talents de Jeff ne sont plus à prouver, il me file d’ailleurs un coup de main sur mon album solo.

Peux-tu nous en dire d’avantage ?

En fait, quand nous avons eu quelques mois de répit lors de la dernière tournée, Angela [Gossow, ancienne chanteuse et manager d’Arch Enemy] m’a contactée et, comme elle me connaît, elle m’a dit : « Tu vas devenir folle si tu t’ennuies, non ? » Et je lui ai dit « oui » [rires] Du coup, l’idée est venue de là, et le label Napalm Records s’est montré intéressé et m’a encouragé. Du coup, c’est comme ça que j’ai développé mes techniques de studio et aussi que je me suis améliorée en tant que guitariste. J’en suis à la moitié du processus créatif et je m’y consacre dès que j’ai du temps libre, bien qu’Arch Enemy m’en prenne beaucoup, ce que je ne compte pas changer. C’est une expérience très positive pour moi et j’entends y faire participer plein de mes amis, qui m’ont eux-même inclus sur leurs albums, comme Tarja, Delain, Kamelot, Doyle, Christoffer Amott [frère de Michael Amott et ancien guitariste d’Arch Enemy], Alex Skolnick de Testament, les soeurs Lander de Kittie… Pour l’instant, c’est assez différent d’Arch Enemy. C’est toujours du metal, mais ça penche plus du côté rock, il y aura beaucoup de chant clair. Il y a un côté 70’s et même 90’s, mais c’est toujours en cours, donc je ne peux pas trop en dire.

Arch Enemy

©Katja Kuhl

Concernant la tournée à venir, comment comptez-vous organiser la setlist ?

On a dix albums maintenant et… chaque album est excellent, si je puis me permettre ! [rires] Et comme tout le monde a son morceau favori, ce n’est pas évident de jongler avec. On fera comme on le sentira. Il y a des classiques qu’on jouera toujours, comme Nemesis, il y a les morceaux que je veux jouer, comme We Will Rise ou Dead Bury Their Dead… C’est Sharlee D’Angelo, notre bassiste, qui met la setlist en place, je suis toujours un peu nerveuse en attendant son mail, surtout quand il nous sort un morceau de son chapeau pour tel ou tel concert ! [rires] J’aime aussi les chansons de nos trois premiers albums, quand Johann chantait. Le souci, c’est que certains qui vont à nos concerts ne savent même pas que le groupe avait commencé avec un homme au chant ! Il faut dire que ça fait longtemps. On a tendance à se concentrer sur nos nouveaux morceaux et sur ce qu’est Arch Enemy maintenant.

Cela fait trois ans maintenant que tu chantes dans Arch Enemy maintenant, comment te sens-tu au sein du groupe ?

J’ai l’impression d’y être depuis 20 ans ! C’est tout à fait normal pour moi, je ne pense jamais à combien de temps cela fait, ces gars sont ma famille, on a une équipe formidable qui travaille avec nous, ainsi que d’excellents fans. Mon but est de les remercier de garder ce groupe en vie en leur offrant de bons morceaux, et je pense que c’est ce que nous avons fait avec Will to Power.