Économie et festivals de musique à l’étranger

Publié le 21 juillet 2015 à 19:08
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Économie des festivals à l'étrangerDans un contexte difficile pour la culture en France, les festivals de musique sont fragilisés. Comment s’en sortent-ils à travers le monde ? 

À l’instar du festival normand Le Rock Dans Tous Ses États, les festivals de musique sont à la peine en France. Baisse de subventions, annulations d’évènements, recours aux partenaires privés, projets ministériels laborieux, baisse dans le budget de l’Etat… La culture représente pourtant près de 56 milliards d’euros de bénéfices en France, et reste un secteur économique et touristique indétronable. Et à l’étranger, on en est où ?

La Grande-Bretagne, une économie en hausse grâce aux festivals

Il y a quelques jours, c’est CultureBox qui nous l’apprenait : les festivals rapportent gros à l’économie britannique ! À lui seul, la machine de guerre Glastonbury aurait rapporté en 2014 3,1 milliards de livres !

En plus de 40 ans d’existence, le Glastonbury a accueilli la crème de la scène musicale avec des artistes comme David Bowie (1971), Curtis Mayfield (1983), The Cure (1986) ou encore Radiohead (1997).

Glastonbury n’est pas le seul à profiter de cet essor économique, puisque près de 9,5 millions de touristes se sont déplacés au Royaume Uni pour assister à des évènements musicaux. En cause, probablement la musique britannique légendaire dans le monde entier. La ville de Londres a attiré à elle seule 3,3 millions de « touristes musicaux ».

Les Etats-Unis dominés par le festival Coachella

Depuis 10 ans, le magazine Rolling Stone décrète que le festival Coachella en Californie est le meilleur au monde. Capitale du look, « the place to be » le temps de deux week-end, l’édition d’avril 2015 aurait rapporté près de 78 millions de dollars de chiffre d’affaires, rassemblant 175 000 spectateurs.

En matière culturelle, l’Amérique se différencie de tous les autres pays par un taux exceptionnel de contributions privées dans le financement des arts. À travers la notion d’American Way Of Life, les Etats-Unis fonctionnent grâce aux financements privés.

Ce dispositif s’expatrie de plus en plus en Europe, même si certains pays, comme la France, essaient de lutter contre cette hégémonie en prônant l’exception culturelle. Celle-ci passe par l’affirmation de la souveraineté des Etats, la limitation du libre-échange de la culture sur le marché, le soutien et la promotion de leurs propres artistes, à travers une libre gestion du budget de la culture, donc. Aux États-Unis, la politique culturelle se situe en grande partie dans le monde du commerce.

Les Etats-Unis sont aussi connus pour leurs festivals éclectiques et étonnants. Parmi eux, l’Underwater Music Festival, un festival de musique sous l’eau, ou encore le National Hollerin Festival qui propose simplement de… crier ! Autant de concepts qui alimentent l’économie américaine grâce au tourisme.

L’Allemagne a aussi son festival de metal !

Ce n’est qu’en 1998 que fut crée un ministère chargé de la culture en Allemagne ! Pourtant, des jeunes du monde entier viennent étudier dans les Ecoles supérieures de musique allemandes. Terre de compositeurs, l’Allemagne aura vu naitre Bach, Beethoven ou encore Richard Strauss. Mais ce pays, et notamment sa capitale Berlin, est aussi réputé pour ses clubs et sa scène électro (Paul Kalkbrenner, DJ Koze…) Comme nous l’a expliqué le Goethe Institut (qui gère 136 centres culturels et 10 bureaux de liaison dans 91 pays) de Paris, « la culture en Allemagne fonctionne surtout grâce aux Landers. C’est un pays fédéralisé donc c’est un mélange entre subventions de l’Etat et financements privés » Les Landers, c’est l’équivalent de nos régions avec plus de pouvoir. Chacune subventionne à sa façon.

Avec une fréquentation de 150 000 personnes cette année, le Hellfest à Clisson est toujours une étape oblige pour tout fan de metal qui se respecte. Mais il est aussi parfois utile de s’expatrier sur les terres allemandes pour aller au Wacken Open Air festival. Avec un budget de plus de 6 millions d’euros, il accueille chaque année près de 80 000 visiteurs. Thomas Jensen, organisateur du festival, expliquait dans une interview qu’ils se finançaient eux-mêmes, notamment grâce à la billetterie : « Pour ce qui est des infrastructures, nous travaillons en coopération avec le gouvernement de notre Land, mais ce n’est pas pour cela qu’ils nous donnent de l’argent« . En Europe, les gouvernements jouent un rôle important dans la création et la diffusion de la culture au travers de politiques culturelles et d’institutions dédiées.

Au Maroc, l’un des plus gros festivals au monde 

En 2013, Ahmed Massaia, ancien directeur de l’Institut supérieur des arts dramatiques et de l’animation culturelle, déclarait dans son dernier essai sur l’action culturelle : « Au Maroc, le secteur culturel reste encore le parent pauvre des stratégies de développement social et économique« . En effet, la culture représente seulement 1% du budget de l’Etat marocain. Il nous expliquait également que « le Maroc manque affreusement de lieux de production et de diffusion des expressions culturelles : théâtres, galeries de peinture, maisons de culture, musées, bibliothèques… L’artiste marocain souffre encore d’être un sans-abri qui traîne sa création sur son dos comme un bagage indésirable ». Il est donc difficile dans ces conditions d’avoir une attractivité culturelle. Pourtant, il existe actuellement une quinzaine de festivals de musique au Maroc, tous types de musique confondus, du festival électro et sportif, le Nautika Saidia, au Jazzablanca, festival international de jazz à Casablanca.

Le Festival Mawazine lui a accueilli en 2013 un public record de 2,5 millions de spectateurs. Organisé par l’association Maroc Cultures et fondé par le roi Mohamed VI, il créerait chaque année 3 000 emplois directs et indirects et fournirait du travail à plus de 40 entreprises. En 2011, Mawazine a ainsi généré 22 % de croissance du chiffre d’affaires touristique de Rabat. « Depuis 2012, le Festival Mawazine Rythmes du Monde est l’un des seuls événements marocains à ne percevoir aucune contribution publique grâce au développement d’un modèle économique fiable et rentable pour le festival. » déclare son organisateur. Il serait financé à 68% grâce aux revenus variables (publicités, encarts, billetterie…).

Angèle Chatelier