Zebda

Zebda

Incontournables sur la scène française, Zebda, c’est un rock teinté de rap, reggae, ska, funk, raï et chaâbi, qui n’a jamais oublié d’être festif durant plus de 30 ans d’une carrière engagée…

Dans les années 80, un embryon de Zebda prend forme dans le milieu associatif des quartiers populaires de Toulouse, au moment où la Marche des Beurs traverse une France qui digère le premier virage libéral des années Mitterrand.

En 1985, l’association Vitécri réalise Salah, Malik : Beurs, ou les déboires de jeunes musiciens en quête d’un local de répétition. Ce petit film met en scène les Zebda Bird. Magyd Cherfi, entouré de ses copains de lycée Pascal Cabero (guitare) et Joël Saurin (basse), campe un animateur de quartier reconverti en chanteur. L’association est dissoute par manque de subventions municipales, mais l’aventure humaine et musicale se poursuit. La troupe s’agrandit et devient groupe avec l’arrivée de Mustapha et Hakim Amokrane aux chœurs et Vincent Sauvage à la batterie. Le groupe s’appellera Zebda, ou « beurre » en arabe.

Leur carrière musicale décolle vraiment en 1989 avec l’autoproduction de plusieurs cassettes – dont une intitulée Carte Nationale d’Identité, une thématique qui les suivra pendant tout leur parcours – et une sélection pour les Découvertes du Printemps de Bourges, où ils joueront l’année suivante. S’enchaîne une tournée qui déborde des frontières de l’Hexagone avec des passages en Italie et en Grande-Bretagne. En 1991, alors que Rémi Sanchez (accordéon, claviers) rejoint le groupe, on les retrouve sur Ragga Buzzin’, la première compilation de reggae/ragga français.

1992-2003 : les années Zebda

C’est en 1992 que le véritable premier album, L’Arène des rumeurs, arrive chez les disquaires. Zebda s’inscrit pleinement dans l’effervescence de la scène alternative française. Son rock est festif et se teinte de rap, reggae, ska, funk, raï et chaâbi. Il se réclame autant des Clash que de James Brown, de la Mano Negra que de Fishbone, de Matoub Lounes que de Claude Nougaro. Des titres comme Arabadub ou Baudis préfigurent la touche Zebda qui explosera trois ans plus tard, avec leur deuxième opus.

Inspiré d’un discours tristement célèbre d’un Jacques Chirac, pas encore Président de la République, Le Bruit et l’odeur – chanson titre – est un brûlot antiraciste qui dénonce les inégalités sociales tout en rappelant le rôle essentiel de l’immigration dans le développement de la France. La promotion de l’album s’accompagne d’une tournée qui donnera son premier succès populaire à Zebda.

Il ne se démentira plus et culminera avec l’album Essence ordinaire, sorti en 1998.

En choisissant de le mixer aux États-Unis avec l’ingénieur du son new-yorkais, Nick Sansano (IAM, Public Enemy, Noir Désir…), Zebda franchit un nouveau palier artistique. Offrant des morceaux à la production léchée, la formation toulousaine démontre qu’elle peut rayonner au-delà de son public traditionnel, sans renoncer à son message ou son identité musicale.

Quatre extraits marquent le tournant du siècle : Je crois que ça va pas être possible, Y’a pas d’arrangement, Oualalaradime et le tube de l’été 99, Tomber la chemise. Cet hymne festif se vendra un million d’exemplaires en single, restera 26 semaines consécutives au Top 50 dont 3 à la première place et dopera les ventes de l’album (triple platine plus de 600 000 exemplaires).

Zebda récolte les lauriers publics et professionnels lors des Victoires de la Musique 2000. Le groupe repart avec la Victoire du Meilleur Groupe de l’année et celle de la meilleure chanson, Tomber la chemise.

L’album suivant paraît fin août 2002, le temps de prendre le recul nécessaire pour trouver le ton juste et poursuivre tout en se renouvelant. Le défi est relevé avec Utopie d’occase, un disque plus sombre que les précédents.

Le groupe enchaîne les dates sold out, collabore, en novembre 2002, à un film sur les cités, Le bruit, l’odeur et quelques étoiles, mais la rumeur d’une séparation se confirme.

Le double live CD-DVD, La Tawa est servi au public en guise d’au revoir, en 2003.

Les collègues et les combats

Devenu une composante incontournable du paysage musical français, Zebda ne renie pas pour autant les valeurs qui sont à l’origine de leurs choix artistiques. Le groupe s’engage dans des combats divers dont le ciment reste l’exigence de justice sociale ; la lutte antiraciste ou anti-intégriste, l’accès à la culture (place de concert à 9,90 francs disponibles dans les magasins Tati), le soutien aux sans-papiers ou aux sinistrés de l’usine AZF…

Associant toujours la mobilisation à la culture et à la fête, l’idée de créer leur propre festival les travaille dès 1991 avec le lancement à Toulouse de “Ça bouge au Nord”. Cet événement populaire et engagé accueillera, au fil des éditions, des artistes comme Noir Désir, La Mano Negra mais aussi des générations plus anciennes comme Yvette Horner, Idir, Aït Menguellet et Cheikha Rimitti. Arrêtée faute de subventions, la manifestation renait au tout début des années 2000 sous le nom de “Ça bouge encore”. Depuis 2003, le festival “Origines Contrôlées”, axé sur la thématique de l’immigration post-coloniale en France, a pris le relais dans la ville pas toujours rose.

En 1997, la famille Zebda monte le Tactikollectif et affirme ses affinités révolutionnaires en enregistrant sous le nom des Motivés un album éponyme coproduit par la feue LCR. Dix reprises d’hymnes de lutte, d’époques et d’origines diverses (dont le Chant des partisans, Hasta siempre…), mises au goût du jour que vont se réapproprier la plupart des manifestations du pays.

Le patrimoine culturel et sa transmission sont, depuis le début, une vraie préoccupation pour Zebda, dont certains membres participent également à 100% Collègues, collectif de musiciens talentueux de la région toulousaine (Bernardo Sandoval, Serge Lopez, Jean-Luc Amnestoy…). Deux albums en public, tendance musiques du monde, allient morceaux traditionnels et compositions nouvelles qui promeuvent la solidarité et la fête.

Militants pour un projet alternatif au monde actuel, les membres de Zebda ont toujours manifesté un profond attachement à la politique au sens premier du terme. Un certain nombre d’entre eux s’engage très concrètement dans un mouvement citoyen, Motivé-e-s, qui aboutit à la présentation de listes dans différentes villes de France lors des élections municipales de mars 2001. C’est évidemment à Toulouse que ce nouveau venu dans la vie politique locale est le plus observé. Il obtient 12,38 % des voix au premier tour, fusionne dans une liste de gauche au second et obtient quatre sièges au conseil municipal.

La parenthèse active

Après dix-huit ans de vie commune, quatre albums studio et plus d’un millier de concerts, Zebda officialise sa suspension en octobre 2003.

En 2004, Magyd Cherfi sort son premier album solo, Cité des étoiles. Œuvre intimiste, produite entre autres par Imhotep (IAM) et Mathieu Chedid (-M-). Le suivant, Pas en vivant avec son chien, parait en 2007. Et c’est en tant qu’auteur que Magyd est encore plus salué par la critique avec la publication chez Actes Sud de deux ouvrages : Livret de famille et La Trempe.

Inséparables, Mustapha et Hakim Amokrane fonctionnent en fratrie. Tout en multipliant les collaborations avec, entre autres, Cheb Mami, Brigitte Fontaine, Tiken Jah Fakoly, Manu Chao, MAP…, ils produisent, en 2005, l’album Mouss et Hakim ou le contraire qui contient un texte écrit pour eux par Claude Nougaro, peu de temps avant sa disparition. Démarre ensuite l’aventure Origines contrôlées pendant laquelle ils parcourent trois années durant les scènes de l’Hexagone avec un répertoire de chansons écrites par des artistes immigrés algériens, souvent devenus ouvriers en France, entre les années 40 et 70. En 2010, ils célèbrent leurs vingt ans de musique, toutes formations confondues, avec une nouvelle tournée baptisée Vingt d’honneur et un album live éponyme.

La renaissance

En 2008, certains échos évoquent la reformation de Zebda. Mais si l’envie est bien là, les emplois du temps respectifs ne sont pas prêts. Les plus impatients se contentent d’une reprise, en 2009, du Jaurès de Jacques Brel, qui donne lieu à un clip réalisé à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du grand homme politique.

Ce n’est qu’en 2010 que les retrouvailles programmées ne sont plus un secret. Magyd, Hakim et Mouss apparaissent d’ailleurs sur scène plusieurs fois ensemble, pendant la tournée Vingt d’honneur des frangins Hamokrane.

Elles se concrétisent par Second tour, un album sorti huit ans après le précédent. Entre temps, Pascal Cabero et Vincent Sauvage ont quitté l’aventure. Zebda revient, sur cet album, plus engagé que jamais : « Comme on assiste, en ce moment, à une régression sociale à plein de niveaux, sur des thèmes qui nous sont chers, s’ajoute à notre désir personnel de refonder le groupe, un besoin de parole fort, plein de révoltes et de convictions », explique alors Mouss Amokrane. On retrouve logiquement sur Second tour les thèmes chers aux toulousains : racisme, immigration, laïcité ou encore religion. En quelques semaines, l’album atteint les 50.000 ventes, se classant Disque d’or.

Une tournée triomphale accompagne le phénomène : Zebda est le groupe le plus programmé sur les festivals en 2012, et passera par l’Olympia et le Zénith de Paris !

En 2014, Zebda revient avec la collaboration de Yarol Poupaud des FFF à la réalisation d’un nouvel album, Comme Des Cherokees, qui sort le 25 août…

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