Serge Gainsbourg

Serge Gainsbourg

Serge Gainsbourg est un auteur-compositeur-interprète, écrivain et acteur français, né en 1928 et décédé en 1991.

Du poète maudit, dandy timide de la rive gauche au Gainsbarre provoc, Serge Gainsbourg est une personnalité singulière, tour à tour musicien, peintre, compositeur, auteur, chanteur, réalisateur, écrivain… L’homme à la tête de chou est incontestablement devenu un monstre sacré de la chanson française, avec une oeuvre dense où se côtoient poésie, humour, spleen, amour, sexe, alcool, sur des airs rock, jazz, java, reggae, funk…

Serge Gainsbourg naît Lucien Ginzburg à Paris en 1928, quelques instants après sa soeur jumelle et un an après une soeur aînée. Ses parents, Joseph Ginzburg et Olia Bessman, ont fui la Russie après la révolution bolchévique de 1917, pour s’installer à Paris en 1919.
Son père, juif, est pianiste dans les bars parisiens. Joseph enseigne le piano à ses trois enfants, se montrant particulièrement sévère avec le petit Lucien, qui se forme tant bien que mal, essentiellement au classique.

La guerre éclate, et la famille Ginzburg doit se réfugier en zone libre, dans la région de Limoges. En 1945, c’est le retour à Paris, et Lucien entre au lycée. Mais il en sera renvoyé rapidement, ses résultats scolaires s’avérant désastreux. Pratiquant la peinture et le dessin (notamment à l’académie de Montmartre avant la guerre), il intègre l’école des Beaux-Arts. Lucien travaille sans relâche, perfectionniste et ambitieux. Pour gagner sa vie, sur les traces de son père, il joue dans les bars.

En 1947, il rencontre Elisabeth Levitsky, fille d’aristocrates russes, qu’il épousera en novembre 1951, au retour de son service militaire. Lucien, en plus de celui de pianiste de bar ou de chef d’orchestre, cumule les petits boulots, tout en continuant à peindre. Mais en éternel insatisfait, il gratte ses toiles au fur et à mesure qu’il les peint, et finira même par toutes les brûler. En 1955, Lucien rencontre Boris Vian, c’est la révélation : il veut « faire chanteur ».

Il est alors l’accompagnateur de la chanteuse chic Michèle Arnaud, et c’est à elle qu’il propose ses premières chansons, sous le pseudonyme de Julien Grix. Elle en adoptera plusieurs, et l’encouragera à monter sur scène pour défendre lui-même ses compositions.

C’est ainsi que, fin 1957, Lucien se produit pour la première fois, notamment avec Le poinçonneur des Lilas. Ce débutant déjà presque trentenaire, est rapidement remarqué par les Frères Jacques, qui reprendront Le poinçonneur, ou Philippe Clay. Cette même année que l’infatigable séducteur divorce de son épouse.

En 1958, Lucien Ginzburg devient Serge Gainsbourg. Denis Bourgeois, qui travaille alors avec Jacques Canetti, lui propose d’enregistrer une maquette. Serge signera quelques jours plus tard chez Philips, et composera son premier disque avec Alain Goraguer, arrangeur de Boris Vian. Du chant à la une ! sort quelques mois plus tard, et recevra en 1959 le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, récompense prestigieuse. Pourtant, les critiques sont tièdes, pour ne pas dire sévères, à l’exception de Boris Vian, qui défend le disque dans un article dithyrambique dans le Canard Enchaîné.

Son deuxième album est un échec cuisant. Mais ses talents d’auteur sont sollicités, notamment par Juliette Gréco. En 1959, Serge Gainsbourg croise pour la première fois Brigitte Bardot sur le tournage du film Voulez-vous danser avec moi ?. Si la carrière cinématographique de Gainsbourg restera toujours balbutiante, il composera de nombreuses musiques de films, dont la première, L’eau à la bouche, pour le film éponyme de Jacques Doniol-Valcroze.

Son troisième album, L’étonnant Serge Gainsbourg, sort en 1961. Il est truffé de références littéraires, de Victor Hugo à Jacques Prévert (dans La Chanson du même nom). Le chanteur commence à faire les scènes du music-hall parisien, invité par Jacques Brel ou Juliette Gréco.

Il continue aussi de travailler pour les autres, élargissant le cercle de ses interprètes. En 1963, il enregistrera un 45 tours à Londres, comprenant La Javanaise, que Juliette Gréco reprendra la même année sur un de ses disques. Dans la capitale britannique, Gainsbourg trouve un son plus moderne que ce qui se fait alors en France, et y enregistrera d’ailleurs nombre de ses disques par la suite.

En 1964 sort Gainsbourg Confidentiel, où Serge s’accompagne de musiciens de jazz. Puis il s’essaie aux rythmes afro-cubains sur Gainsbourg Percussions, à l’image de Couleur Café ou New York USA. La même année, il épouse Françoise-Antoinette Pancrazzi, dite Béatrice, qui donnera naissance à sa première fille, Natacha.

Le paysage musical français est alors envahi par les yéyés, et la jeunesse remise au placard la chanson traditionnelle à laquelle appartient Gainsbourg. Pourtant, Denis Bourgeois lui présente France Gall, jeune chanteuse en qui Serge distingue la nostalgie certaine d’une jeune fille qui ne fait pas toujours ce dont elle aurait envie. Il lui écrit quelques titres, dont les faussement naïves Sucettes.

Alors, pour la première fois, Gainsbourg entre dans les hit-parades, et son public s’étend inévitablement à la jeunesse. En 1965, France Gall remportera l’Eurovision avec une chanson de Serge, Poupée de cire, poupée de son. Et l’auteur est sollicité alors par nombre de toutes jeunes chanteuses et actrices, de Valérie Lagrange à Régine, en passant par Dalida, Mireille Darc, et même les anglaises Petula Clark et Marianne Faithfull. Il retrouvera alors Brigitte Bardot autour d’un 45 tours de quatre titres.

En février 1965, il accompagne Barbara dans une série de concerts. Mais depuis ses débuts, le chanteur est desservi par un trac qui le paralyse, et ses performances sont régulièrement chahutées par le public. Découragé, il abandonne en cours de route, pour ne plus remonter sur scène avant 1979.

En 1966, il écrit pour le metteur en scène Pierre Koralnik la comédie musicale Anna, qui sera l’une des premières émissions en couleur diffusée en 1967. Anna Karima, la comédienne principale, y interprète notamment Sous le soleil exactement.

Divorcé de Béatrice, Serge s’installe à la Cité internationale des Arts, où vivent des artistes du monde entier. Ainsi, malgré son statut de vedette, il logera deux ans dans cette petite chambre d’étudiant. Des retrouvailles éphémères avec Béatrice donneront naissance à un petit Paul en 1967, mais il ne connaîtra jamais vraiment son père.

A cette époque, on voit régulièrement Serge Gainsbourg au cinéma ou à la télévision, même s’il faut bien admettre qu’aucun ne soit vraiment resté dans les mémoires. Pour autant, on peut noter le thème Requiem pour un con, pour le film Le Pacha en 1968.

Nouvelle rencontre avec Brigitte Bardot cette même année. Ils passent plusieurs mois ensemble, d’une relation passionnée, au cours desquels Serge Gainsbourg lui écrit de nombreux titres : Harley Davidson, Comic Strip, Bonnie and Clyde… Le sulfureux Je t’aime, moi non plus enregistré en duo restera inédit jusqu’en 1986. En effet, Brigitte Bardot est alors mariée, et demande à son amant de ne pas sortir la chanson. La rupture est brutale pour Serge, il en naîtra le titre Initials BB, qui transcende son amour pour l’icône.

Cette même année, il écrit aussi pour Françoise Hardy, rescapée des yéyés, les titres Comment te dire adieu et L’anamour.

Sur le tournage de Slogan, de Pierre Grimblat, Serge Gainsbourg finit par tomber sous le charme de la jeune actrice anglaise que le réalisateur lui impose, Jane Birkin, avec qui il formera un des couples les plus glamours des années 70.

La jeune femme enregistrera à la fin de l’année quatre titres de Gainsbourg : L’anamour, 69, année érotique, Jane B., mais surtout, une nouvelle version de Je t’aime, moi non plus. La chanson fait scandale, et sera interdite dans de nombreux pays. Gainbourg décide de la retirer de l’album qu’il sort avec sa nouvelle compagne. Cet épisode mis à part, Serge Gainsbourg est, à la fin des années 60, le chanteur français qui s’exporte le mieux en Europe et outre-Atlantique (tout comme les disques de ses interprètes).

Serge Gainsbourg et Jane Brikin s’installent dans un désormais célèbre hôtel particulier que le chanteur vient d’acquérir rue de Verneuil. Depuis l’entrée de Jane dans sa vie, Serge préfère se consacrer à sa vie personnelle, désormais stabilisée, et suit Jane sur la plupart de ses tournages.

Il revient en 1971 avec ce qui sera souvent considéré comme son chef d’œuvre, le premier poème symphonique pop, Melody Nelson. Le disque, acclamé par la critique, est un énorme succès. La même année, le père de Serge disparaît, et Charlotte voit le jour. La même année, il sortira aussi La décadanse, qui sera par contre sévèrement jugé par la presse, l’accusant de « mauvais goût ».

En 1972-73, Serge Gainsbourg collabore pour la première fois avec Jacques Dutronc, et retrouve France Gall et Régine. Il compose aussi l’album Di Doo Dah pour Jane Brikin, et son propre Vu de l’extérieur.

En mai 1973, le chanteur fait une première attaque cardiaque. Le dandy fait place à l’homme mal rasé, qui, malgré les avertissements des médecins, continue de boire et de fumer, acceptant tout juste de réduire sa consommation de café. L’artiste vend peu en son nom, et pourtant, il garde l’image d’un grand de la chanson française. Son attitude publique séduit de plus en plus la jeunesse, qui se reconnaît dans cet homme qui n’hésite pas à transgresser les convenances.

En 1975, son Rock around the bunker est ignoré des radios, et pour cause : le chanteur y évoque, à sa façon, la période nazie, notamment avec le titre Nazi rock ou SS in Uruguay. Il sera tout de même défendu par quelques fans fidèles.

La même année débute le tournage de Je t’aime, moi non plus, la première réalisation de Serge Gainsbourg. Le film sort en 1976, très sévèrement critiqué, même si quelques journalistes le comparent tout de même au cinéma underground américain.

L’homme à la tête de chou, sorti en 1976, reçoit d’élogieuses critiques. Serge Gainsbourg survole les modes, ou choisit de les intégrer à son gré. Ici, il innove en incorporant des rythmes reggae, qui en sont alors à leurs balbutiements en Europe. Cette même année, son nom figurera aussi sur les bandes originales de Madame Claude ou Goodbye Emmanuelle.
En 1978, il compose Ex fan des sixties pour Jane Birkin, et la bande originale des Bronzés. Sea, Sex and Sun devient le tube de l’été.

Le chanteur continue d’exploiter la veine reggae, et s’entoure de musiciens jamaïcains. En moins d’une semaine, il enregistre à Kingstone un album qui sortira en 1979, Aux armes, et caetera. En quelques mois, le disque s’écoule à plus de 300.000 exemplaires, porté par une reprise reggae de la Marseillaise qui défraie la chronique, lui attirant les foudres à l’antisémitisme à peine voilé de certains journalistes.

Serge Gainsbourg est convaincu par le groupe de rock Bijou, pour qui il a écrit quelques titres, de remonter sur scène pour quelques dates au Palace. On se souvient notamment du provocateur qui chante La Marseillaise de Rouget de Lisle devant les soldats parachutistes, blessé des accusations dont il avait pu être victime.

En 1980, Serge Gainsbourg publie son premier livre, Evguénie Sokolov.
Jane décide de quitter Serge en 1980, emmenant avec elle sa fille Kate et Charlotte loin des excès du chanteur. La rupture est douloureuse, et le personnage de Gainbarre, qui sommeillait en lui depuis déjà quelques années, prend le pas sur Gainsbourg. Dopé au désespoir et à l’alcool, le chanteur continue de travailler : Guerre et pets pour Dutronc, la musique de Je vous aime, un album pour Catherine Deneuve, Play Blessures pour Alain Bashung.

Fin 1981, il enregistre son Mauvaises nouvelles des étoiles, avec une partie de l’équipe d’Aux armes. C’est à cette époque qu’il rencontre Bambou, jeune eurasienne de 21 ans, qui devient sa compagne. Il acquiert aussi aux enchères le manuscrit original de Rouget de Lisle, en pied de nez à ses détracteurs d’alors.

Equateur, son deuxième film sort en 1983, connaît un échec cuisant au festival de Cannes, puis dans les salles.

Déprimé, Serge Gainsbourg écrit en quelques semaines un album pour Isabelle Adjani, ainsi que le Baby alone in Babylone pour Jane Birkin. Tous deux seront disque d’or.

En 1984, le chanteur délaisse le reggae pour le funk, et s’envole pour New York, pour enregistrer un nouvel album. Love on the beat sera la plus grosse vente de sa carrière. On y trouve notamment Lemon incest, enregistré en duo avec sa fille Charlotte.

En 1985, sa mère disparaît. La même année, Serge Gainsbourg remonte sur scène au Casino de Paris, accompagné de ses musiciens et choristes américains. Le public l’ovationne comme jamais. Sans doute sa notoriété d’alors a-t-elle à voir avec ses nombreuses provocations publiques, notamment à la télévision.

En 1986, Bambou donne naissance au petit Lucien. Cette même année sort le disque que Serge écrit pour sa fille, Charlotte forever.

L’année suivante, il signe Lost Songs pour Jane Birkin, et son propre album You’re under arrest, où on trouve sa reprise de Mon légionnaire d’Edith Piaf.

En 1988 (il a alors 60 ans), Serge Gainsbourg enchaîne sept dates triomphales au Zénith de Paris, pourtant affaibli par les excès et plusieurs attaques cardiaques. L’album Made in China, qu’il écrit pour Bambou la même année, fait un flop.

En 1989, il subit une opération du foie, et parvient à arrêter l’alcool sur l’insistance des médecins, comprenant qu’il est en sursis. La même année, une intégrale de son oeuvre paraît en neuf disques.

En 1990, son film Stan the flasher obtient des critiques relativement positives, et rassemble quelque 60.000 spectateurs dans les salles. La même année, il écrit tout un album à celle qu’il appelle la lolycéenne, Vanessa Paradis. Puis sort, comme un adieu, l’Amour des feintes, dernier album qu’il a composé pour Jane Birkin.

Dans les derniers mois de sa vie, Serge Gainsbourg vit reclus rue de Verneuil. De nombreux fans viennent orner les murs de l’hôtel particulier de graffitis à la gloire de l’artiste.
Il meurt en mars 1991 d’une crise cardiaque. Pendant des jours, les hommages se multiplient, et le public n’a de cesse de défiler devant le domicile de Serge Gainsbourg. Ses obsèques au cimetière Montparnasse attirent une foule immense.

On ne compte plus les artistes qui le citent en référence, ni les rétrospectives, compilations, ou albums hommage qui sont consacrés à Serge Gainsbourg. Début 2010, Joann Sfar le met à l’honneur dans son Gainsbourg (Vie héroïque), biopic d’un nouveau genre, où le rôle titre est campé par un Eric Almosnino bluffant.

(Sources : Biographie de Serge Gainsbourg, sur

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